AfroCubism (Christina Jaspars) group together at rehearsals

 

Après deux ans de tournées et un album remarquable, l'ensemble Afrocubism se sépare. Chacun des membres de ce All Star désire en effet mener des projets solo. A ce titre le groupe cubano malien donnera un dernier concert en France, samedi 16 juin, au Cabaret Sauvage à Paris, avant une date ultime lors du festival de Montreux. L'occasion pour nous de revenir sur l'histoire surprenante de cette formation emblématique.

Afrocubism ! L'intitulé du projet détonne. A l'image des peintres hexagonaux du début du XXe siècle, l'ensemble a révolutionné l'approche dans l'espace par un chassé croisé historique entre l'Afrique de l'Ouest et Cuba. A l'instar des créateurs précités face à leurs chevalets, les musiciens de ce super groupe ont bouleversé le champ, là musical et en profondeur... L'histoire débute il y a seize ans lorsque Nick Gold, patron du label World Circuit décide de monter une formation inédite sur le mode de la Fania. Le but est de de tracer une liaison transatlantique entre les artistes africains et cubains. De rendre hommage à une source d'inspiration première pour les rythmes de la Caraïbe. Et de souligner l'influence des rythmes latins sur la scène africaine des années 60 et 70. Le projet prend rapidement. Malheureusement, pour une sombre histoire de passeports perdus, les musiciens africains invités ne peuvent fouler le sol cubain. Leurs homologues  enregistrent alors seuls le disque qui donnera naissance au fameux Buena Vista Social Club...

Finalement réunis en 2010, malgré la disparition de plusieurs des meneurs cubains, l'ensemble s'articule autour de Eliades Ochoa, le chanteur rendu célèbre avec Chan Chan. Epaulés par le Grupo Patria, les deux musiciens maliens initialement invités, Bassekou Kouyaté et le guitariste Djelimady Tounkara, rejoignent le noyau cubain. Les amoureux de mélodies mandingues connaissent ce dernier puisqu'il a été le guitariste du prestigieux Rail Band de la gare de Bamako avant de mener une carrière solo. Le projet est renforcé par le griot Kasse Mady Diabaté, par le balafoniste Lassana Diabaté et par la présence de Toumani Diabaté. Virtuose de la kora, ce musicien s'est distingué auprès de figures de la trempe de Ali Farka Touré. La chanteuse Björk a réclamé ses services. Et son ensemble, Le Symmetric Orchestra, est probablement la meilleure formation africaine aujourd'hui en activité. Ensemble ils  enregistrent dix sept titres, l'espace de cinq jours, en prise live : le collectif Afrocubism est né.

Connu pour sa ligne artistique particulièrement soignée, World Circuit signe, avec Afrocubism, la clef de voûte de sa collection. Mali Cuba, la plage d'introduction  est signée Toumani Diabaté. Dédié aux indépendances africaines, le thème ici en version instrumentale, fait la jointure entre les différents répertoires. Djelimady Rumba impose un groove tout puissant et rappelle l'engouement des africains pour le rythme éponyme. Titre signé Benny Moré, La Culebra invoque les divinités orishas, la santéria et donc les racines afro de la culture cubaine. Ce morceau valorise les parties de guitares et surtout le jeu impressionnant de Djelimady Tounkara. La six corde sonne foncièrement 60's. Une tonalité surf rock à faire pâlir nombre de bananes rockabilly... L'Afrique reste le creuset de nombreuses musiques modernes. Les performances au balafon ou au congas transpirent au travers de Jarabi ou Dakan. C'est brut et sophistiqué, traditionnel et moderne. On est très loin des gimmicks world ou du prêchi-prêcha des puristes. Ici on tutoie l'histoire.

Afrocubism en concert exceptionnel, samedi 16 juin, à 19h30 au Cabaret Sauvage à Paris.

Vincent Caffiaux