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© Emanuel Bovet

Catalyseur des musiques du monde au début des années 80, Ray Lema cours depuis inlassablement les continents à la recherche de liens entre les cultures. Rumba, Brésil, polyphonies slaves, ou jazz avec sa dernière formation, le musicien congolais cultive une vision universelle de la création. Il évoque ici son actualité, quelques albums clés, la rumba ou bien encore nos sociétés, les mutation en cours.

 

Votre dernier album Ray Lema en Quintet est délibérement jazz. Atteste-t-il d'une passerelle lancée entre l'Afrique et l'Amérique ?

Ray Lema : "J'ai d'abord voulu me faire plaisir avec un ensemble brillant, le V.S.N.P. Je suis fier d'avoir, dans ce groupe,  un musicien de la trempe de Etienne Mbappé, un bassiste qui a notamment joué avec des personnalités comme John McLaughlin ou Bill Evans. Effectivement j'ai voulu faire un disque en rapport avec l'endroit où le jazz est né, autrement dit aux USA. Mais il s'agit pour moi de rappeller que cette culture authentiquement américaine vient de quelque part, puise ses racines en Afrique. A ce titre ma version du jazz est colorée, mêle différents éléments afro. La touche d'Etienne est significative puisque c'est est un des rares bassiste de ma connaissance à tenir le rythme du maître tambour."

Est-ce le début d'un nouveau cycle musical ou allez vous ouvrir de nouveaux horizons musicaux ?

Ray Lema : "A vrai dire j'ai besoin de rencontres. Récemment, j'ai pas mal écouté de musique electro. L'approche me plait me je trouve qu'il manque quelque chose, notamment au plan du tempo. D'où cette idée d'enregistrer  un album du genre, d' y coller ma griffe. C'est déjà le cas en Afrique lorsque vous écoutez un ensemble congolais tel Konono. mais ces derniers sont vraiment dans le Do it yourself. Je voudrais entreprendre un projet et y mettre les moyens..."

A propos de cyber fusion, quel souvenir gardez - vous de l'enregistrement de  Médecine ?

Ray Lema : "Un excellent souvenir. L'album est sorti après Kinshasa-Washington D.C-Paris. Il est né de la rencontre avec Martin Meissonnier qui, à l'époque, faisait tourner Fela et produisait King Sunny Ade. C'est quelqu'un de curieux et féru de technologie. Il aime bien tester, expérimenter. C'est Jean-François Bizot, le patron d'Actuel qui me l'a présenté. Nous avons exéprimenté une fusion entre les rythmes congolais et les synthés d'alors. Avec l'aide d'invités comme Tony Allen."

Un autre album avec le professeur Stefanov et un ensemble polyphonique bulgare dévoile une grande ouverture d'esprit...

Ray Lema : "C'est probablement dû à ma formation de base qui est classique. J'ai ensuite enchainé avec le rock avant de travailler pour le ballet national congolais. Evidemment les années 80 m'on permis de forger une vision de la musique avant d'effectuer des travaux, solo ou avec différents musiciens comme Chico César. J'aime trouver des points d'ancrage entre les répertoires et les cultures. Rien n'est arrêté. Et l'enregistement avec cet ensemble bulgare fait partie de cette approche du monde."

Quel regard portez vous sur votre scène musicale natale, le Congo ?

Ray Lema : "Les musiques congolaises et notamment la rumba souffrent actuellement d'un manque de créativité lié à un répertoire formaté. Un comble lorsque on connait l'importance dudit registre. Rappelons qu'il a contribué à célébrer les indépendances africaines avec des artistes comme grand Kallé et son Indépendance Cha Cha. Et puis le territoire est vaste et Kinshasa n'est pas le Congo. Les rythmes joués au Kasaï n'ont rien à voir avec ceux de la capitale." 

La démarche de l'écrivain et producteur Alain Mabanckou ne trouverait donc pas grâce à vos yeux ?

Ray Lema : "Je respecte l'homme et son talent mais je ne partage pas sa vision des rythmes congolais. La démarche est louable mais je ne m'y retrouve pas, musicalement parlant. "

A l'heure d' Internet et de la mondialisation, quel est votre point de vue concernant les musiques du monde ?

Ray Lema : "Lorsque je suis apparu sur la scène hexagonale, les musiques du monde arrivaient seulement. Aujourd'hui ce terme recouvre une réalité mais l'approche est différente avec, comme vous le dite, Internet qui permet de découvrir nombre de cultures. La formulation telle qu'elle était alors énoncée ne veut plus rien dire. La deuxième génération arrive désormais, avec d'excellent musiciens qui jouent aussi bien la rumba que le blues ou la musique classique. Et c'est interprété avec feeling ! Pourtant en France, le métissage musical s'effectue à un autre rythme que, par exemple, Londres. Cette dynamique se trouve surtout dans le hip hop. C'est une scène qui réunit des musiciens de toutes origines. C'est un réalité. Concrètement je déplore que les budgets liés à la culture s'étiolent. Au début des années 80, les aides étaient toutes autres..."

Vous serez le 6 octobre prochain à la Ferme du Buisson à Marne-la-Vallée pour le festival d' Île de France. Qu'allez-vous jouer ?

Ray Lema : " Outre le quintet on sera entouré par une ensemble de cuivres et, pour un morceau, par les tambours de Brazza. C'est toujours une expérience enrichissante. Mais je tiens à préciser qu'il ne s'agit pas d'une création avec les tambours de Brazza comme ca a pu être annoncé. Ils interviennent en invités."

Propos recueillis par Vincent Caffiaux

Ray Lema sera au festival d'ïle de France, dimanche 6 octobre, à la ferme du Buisson de Marne-la-Vallée.