CUMBE

18 mars 2014

K. Conka à bâtons rompus

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Repérée au sein de l’excellente compilation Daora, la brésilienne Karol Conka sera en concert, ce vendredi au Centquatre à Paris. A cette occasion, la jeune interprète nous présente son album, Batuk Freak le bien nommé. Elle évoque son rapport à la tradition et fait un état de lieux de la nouvelle génération brésilienne, des évènements sociaux qui ont marqué récemment le géant Sud américain.

 

Pouvez-vous nous évoquer l’histoire de Batuk Freak ?

Karol Conka : « Ce disque est le résultat d’un long travail sur l’identité musicale. Avec mon producteur Nave, nous nous sommes intéressés aux rythmes purement brésiliens mais aussi à des beats plus universels. Cela nous a demandé plus d’un an de recherches pour assembler ce canevas. J’ai écrit les paroles mais les mélodies sont, elles, le fruit d’un patient ping pong pour arriver à un album dansant qui aurait aussi un coté très lourd. »

Votre production est axée sur la bass music, le rap et l’ajout d’échantillons musicaux inédits, influences de percussions atabaques...

Karol Conka : « Sans aucun doute ! J’adore mixer les sons et les rythmes. Cet album est en quelque sorte un autoportrait, un mélange de toutes ces influences et références qui m’ont façonnée. »

N’est-il pas révélateur d’un nouveau son brésilien ?

Karol Conka : « Je ne pense pas. Peut-être que ce disque contribue à façonner un nouveau son hip hop brésilien mais je ne pense pas qu’il soit représentatif d’un nouveau courant. Ce serait un peu prétentieux de ma part ! Cet enregistrement me représente, avec mon style et ma personnalité et je suis plutôt contente du résultat. »

Ne traduit-il pas la manière de vivre de la nouvelle génération locale ?

Karol Conka : « Je dirais que oui. Peut-être parce qu’il traite aussi bien de la joie que de la peine, il invite l’auditeur à s’amuser et à protester dans le même temps. Il y a un questionnement sur la qualité de vie des brésiliens, des passages traitent de la nécessité d’avoir une meilleure estime de soi. Mais l’album est aussi truffé de messages de joie, du fait qu’il faut célébrer et apprécier nos vies. Il y a tout ça au Brésil. La vie ici est un combat quotidien pour la majorité des gens mais nous ne sommes pas un peuple amer. On est heureux de nature. »

Quels rapports entrenez-vous avec la tradition musicale locale et la bossa ?

Karol Conka : « Je pense que la bossa est une très belle musique. Mais je n’ai que très peu de liens avec elle. Ce répertoire est mesuré et moi plus explosive. En fait mon enfance a surtout été bercée par la samba, qui est aussi une des sources de la bossa nova et du jazz. J’ai bien sûr aussi entendu beaucoup de bossa mais je ne dirais pas qu’elle m’a influencée. »

Votre point de vue concernant les récents évènements sociaux qui ont ébranlé votre pays ?

Karol Conka : « J’étais heureuse de voir que les Brésiliens aient pu redécouvrir leur propre démocratie. Les manifestations ont aidé à changer des choses qui n’allaient pas. Mais c’est encore trop peu. J’espère qu’il ne s’agit que d’un premier pas, que nous continuerons de réparer les inégalités qui sévissent depuis des décennies. »

A l’instar de votre dernier LP, disponible depuis l’an dernier via Soundcloud / You Tube, vous utilisez volontiers les réseaux sociaux pour communiquer. Est-ce un choix délibéré ?

Karol Conka : « Nous avons établi un partenariat avec Vice Magazine. Pour télécharger le disque, l’utilisateur doit payer avec un tweet ou un post. Ça m’a grandement aidée à communiquer autour de la sortie de l’album. »

Vous allez jouer prochainement France. Qu’allez-vous proposer au public parisien ?

Karol Conka : « Je compte apporter la chaleur brésilienne pour réchauffer les parisiens qui ne sont pas encore sortis de l’hiver. J’aimerais partager un peu de ma folie douce avec le public. Je rêve de voir tout le monde danser sur ma musique. »

Outre la scène, avez-vous des projets ou collaborations ?

Karol Conka : « J’ai déjà commencé à réfléchir au prochain album, mais j'en suis à l'ébauche. J’ai aussi dans l’idée de lancer des collaborations musicales mais je préfère garder les noms secrets ! »

Propos recueillis par Vincent Caffiaux


18 décembre 2013

Afrobeat Airways 2

afrobeat-airways-2Le label Analog poursuit son impeccable travail de réédition des répertoires africains du golfe de Guinée tel le Nigéria et le Bénin. Le dernier volume en date offre une exploration de la scène ghanéenne des années 70 et 80. Un creuset culturel conséquent, héritage de la politique de Kwame Nkrumah. A sa disparition en 1974, le leader panafricaniste laisse un pays modèle pour nombre de nations africaines émergentes. Historiquement c'est le première contrée à se libérer du joug colonial. Et la relative stabilité conquise, notamment au Sud du territoire, favorise un essor culturel évident, notamment à Accra, la capitale. L'organisation du festival Soul to Soul, affiche emblématique essentiellement composée de stars afro-américaines atteste de la vitalité locale et de la fascination exercée jusqu'aux USA. Effet miroir, les conquêtes pour les droits civiques et l'avènement de la pop, outre Atlantique, marquent nombre d'interprètes africains qui croisent le high life au rayonnement mondial de la soul. Certains observateurs prétendent d'ailleurs que le terme afro beat aurait été créé par Fela, période Koola Loobitos, alors que la future star, assistait à un concert du funkyman Geraldo Pino, en 1968.

L'intérêt du deuxième volume d'African Airways réside justement dans la période sélectionnée, soit l'ère du développement de l'afrobeat. Les formations ambiantes assimilent le high life et sa matrice, la palm wine music, aux  polyrythmies et aux cuivres funk. Présent sur cette compilation en bonne place, Ebo Taylor Jr,  fils du pape de la musique ghanéenne, décline une guitare jazz subtile avec Children Don't Cry. Le De Franck Band applique la formule de la battle, entre un clavier endiablé et les riffs funky. Les Africans Brothers développent l'afrobeat naissant au travers du puissant Wope Me A Ka. D'origine ivoirienne, Pierre Antoine et sa formation, les Vis-à-Vis, balancent un groove à tout épreuve. Sa destinée est révélatrice de la plupart des groupes ici sélectionnés. C'était avant la disparition de cet authentique fan de James Brown et de...Johnny Halliday. Tant socialement puisque ce dernier devint, ensuite imprimeur. Il décéda, dans l'anonymat, en 1993. Point d'orgue de cette compilation, l'imparable God is love par Complex Soundz impose une transe de quelques six minutes. Le son est soigneusement traité et restitue la dynamique cruciale de l'afro-funk. D'autant que l'album sort en vinyl. Enfin un livret roboratif avec témoignage de Vincent Ahehehinnou, chanteur de l'Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou, complète cette réédition. Avis aux amateurs de rythmes africains urbains.

Analog Africa

Vincent Caffiaux

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09 octobre 2013

Danyèl Waro Kabar

3521383423837_230Danyèl Waro est une légende vivante à La Réunion. Et un modèle pour de jeunes pousses comme Maloya Power. Enregistré il y a un an, lors d'une tournée hexagonale, son nouvel album renoue avec les racines du maloya. Ce blues de la Mascareigne, marqué au fer de l'esclavage, se distingue par sa dimension culturelle. Kabar, l'intitulé, fait ainsi référence au servis kabaré, lieu originellement investit par les asservis malgaches ou africains. Ces rites celébraient alors les grandes étapes de la vie quotidienne comme les moissons. Loin d'être en déperdition, ces cérémoniaux sont toujours organisés localement, à même les cours et les maisons. Marqué par ce particularisme, le métis à la touffe de thym revisite, de manière authentique ses grands classiques comme Lavyon, Kadok ou le vindicatif Batarsité (Cherches toi si tu veux une blanchitude / Achètes toi si tu veux une françitude / Moi j'ai pas besoin de chercher / le réservoir de mon identité déborde d'abondance / De toute ma bâtardise / De toute ma réunionnité). Extrait de l'ambitieux et distingué Aou Amwin, Velin et Alin se parent de nouveaux arrangements, dépouillés. Une ligne tranchante provoquée par l'usage d'instruments acoustiques ; les tambours malbars comme la keyamn (percu plate des esclaves composée de grains et de tiges de canne à sucre) et le rouler mais aussi les congas ou la kora. Impressionnant, ce canevas rythmique tisse des liens évidents avec les grand pôles créoles mondiaux. La Caraïbe et ses bastions cubains et haïtiens. Ou Madagascar, La grande île souvent oubliée. Il est la fibre de cet enregistrement édité chez Cobalt, l'exigeant catalogue dirigé par Philippe Conrath.

Kabar  Cobalt / L'Autre distribution

Vincent Caffiaux

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29 septembre 2013

Ray Lema à l'international

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© Emanuel Bovet

Catalyseur des musiques du monde au début des années 80, Ray Lema cours depuis inlassablement les continents à la recherche de liens entre les cultures. Rumba, Brésil, polyphonies slaves, ou jazz avec sa dernière formation, le musicien congolais cultive une vision universelle de la création. Il évoque ici son actualité, quelques albums clés, la rumba ou bien encore nos sociétés, les mutation en cours.

 

Votre dernier album Ray Lema en Quintet est délibérement jazz. Atteste-t-il d'une passerelle lancée entre l'Afrique et l'Amérique ?

Ray Lema : "J'ai d'abord voulu me faire plaisir avec un ensemble brillant, le V.S.N.P. Je suis fier d'avoir, dans ce groupe,  un musicien de la trempe de Etienne Mbappé, un bassiste qui a notamment joué avec des personnalités comme John McLaughlin ou Bill Evans. Effectivement j'ai voulu faire un disque en rapport avec l'endroit où le jazz est né, autrement dit aux USA. Mais il s'agit pour moi de rappeller que cette culture authentiquement américaine vient de quelque part, puise ses racines en Afrique. A ce titre ma version du jazz est colorée, mêle différents éléments afro. La touche d'Etienne est significative puisque c'est est un des rares bassiste de ma connaissance à tenir le rythme du maître tambour."

Est-ce le début d'un nouveau cycle musical ou allez vous ouvrir de nouveaux horizons musicaux ?

Ray Lema : "A vrai dire j'ai besoin de rencontres. Récemment, j'ai pas mal écouté de musique electro. L'approche me plait me je trouve qu'il manque quelque chose, notamment au plan du tempo. D'où cette idée d'enregistrer  un album du genre, d' y coller ma griffe. C'est déjà le cas en Afrique lorsque vous écoutez un ensemble congolais tel Konono. mais ces derniers sont vraiment dans le Do it yourself. Je voudrais entreprendre un projet et y mettre les moyens..."

A propos de cyber fusion, quel souvenir gardez - vous de l'enregistrement de  Médecine ?

Ray Lema : "Un excellent souvenir. L'album est sorti après Kinshasa-Washington D.C-Paris. Il est né de la rencontre avec Martin Meissonnier qui, à l'époque, faisait tourner Fela et produisait King Sunny Ade. C'est quelqu'un de curieux et féru de technologie. Il aime bien tester, expérimenter. C'est Jean-François Bizot, le patron d'Actuel qui me l'a présenté. Nous avons exéprimenté une fusion entre les rythmes congolais et les synthés d'alors. Avec l'aide d'invités comme Tony Allen."

Un autre album avec le professeur Stefanov et un ensemble polyphonique bulgare dévoile une grande ouverture d'esprit...

Ray Lema : "C'est probablement dû à ma formation de base qui est classique. J'ai ensuite enchainé avec le rock avant de travailler pour le ballet national congolais. Evidemment les années 80 m'on permis de forger une vision de la musique avant d'effectuer des travaux, solo ou avec différents musiciens comme Chico César. J'aime trouver des points d'ancrage entre les répertoires et les cultures. Rien n'est arrêté. Et l'enregistement avec cet ensemble bulgare fait partie de cette approche du monde."

Quel regard portez vous sur votre scène musicale natale, le Congo ?

Ray Lema : "Les musiques congolaises et notamment la rumba souffrent actuellement d'un manque de créativité lié à un répertoire formaté. Un comble lorsque on connait l'importance dudit registre. Rappelons qu'il a contribué à célébrer les indépendances africaines avec des artistes comme grand Kallé et son Indépendance Cha Cha. Et puis le territoire est vaste et Kinshasa n'est pas le Congo. Les rythmes joués au Kasaï n'ont rien à voir avec ceux de la capitale." 

La démarche de l'écrivain et producteur Alain Mabanckou ne trouverait donc pas grâce à vos yeux ?

Ray Lema : "Je respecte l'homme et son talent mais je ne partage pas sa vision des rythmes congolais. La démarche est louable mais je ne m'y retrouve pas, musicalement parlant. "

A l'heure d' Internet et de la mondialisation, quel est votre point de vue concernant les musiques du monde ?

Ray Lema : "Lorsque je suis apparu sur la scène hexagonale, les musiques du monde arrivaient seulement. Aujourd'hui ce terme recouvre une réalité mais l'approche est différente avec, comme vous le dite, Internet qui permet de découvrir nombre de cultures. La formulation telle qu'elle était alors énoncée ne veut plus rien dire. La deuxième génération arrive désormais, avec d'excellent musiciens qui jouent aussi bien la rumba que le blues ou la musique classique. Et c'est interprété avec feeling ! Pourtant en France, le métissage musical s'effectue à un autre rythme que, par exemple, Londres. Cette dynamique se trouve surtout dans le hip hop. C'est une scène qui réunit des musiciens de toutes origines. C'est un réalité. Concrètement je déplore que les budgets liés à la culture s'étiolent. Au début des années 80, les aides étaient toutes autres..."

Vous serez le 6 octobre prochain à la Ferme du Buisson à Marne-la-Vallée pour le festival d' Île de France. Qu'allez-vous jouer ?

Ray Lema : " Outre le quintet on sera entouré par une ensemble de cuivres et, pour un morceau, par les tambours de Brazza. C'est toujours une expérience enrichissante. Mais je tiens à préciser qu'il ne s'agit pas d'une création avec les tambours de Brazza comme ca a pu être annoncé. Ils interviennent en invités."

Propos recueillis par Vincent Caffiaux

Ray Lema sera au festival d'ïle de France, dimanche 6 octobre, à la ferme du Buisson de Marne-la-Vallée.

12 septembre 2013

Vieux Farka Touré Mon...

VFT-MON-PAYSIl est des albums plus poignants que d'autres. Notamment lorsque la réalité d'une guerre marque le pas sur l'environnement. Le nouveau disque du malien Vieux Farka Touré en est un. Pourtant loin d'envoyer une carte postale du front, Mon Pays est surtout un retour aux sources. Différent de son disque précédent, enregistré aux USA avec la crème des bluesmen, cette nouvelle production, au son cristallin comme les dunes, offre un introspection inédite. C'est le cas de Peace, Future et Donni Donni, les trois instrumentaux ou les koras, guitares et le n'Goni s'entrelacent. C'est d'ailleurs Sidiki, le propre fils de Toumani Diabaté qui joue de la harpe mandingue. Un symbole puisque ce dernier a enregistré, il y a quelques années, avec Ali Farka Touré, le père du guitariste ici concerné, la trilogie Mandé Sessions. Originaire de Niafunké, à la croisée du Nord et du Sud Mali, Vieux Farka ne reste pas moins lucide lorsque dénonce, sur Yer Gando, le joug des fanatiques. Avec, pour celui-çi, la particularité d'être musulman et de refuser tout obscurantisme. Mieux il prône l'unité des différentes ethnies bambaras, dogons et touaregs afin de restaurer ce phare de l'Afrique subsahélienne. Evidemment les parties de guitares restent la marque de fabrique. Nouhoume Maiga et son tempo enlevé évoquent d'ailleurs une singularité qui a toujours préservé l'auteur d'une filiation réductrice. Cette spécificité est aujourd'hui fascinante pour de nombreux musiciens internationaux. Guère évident d'abord, Mon Pays dévoile ses subtilités au fil des écoutes. Ay Bakoye, la plage finale est  le sommet de l'album. Le musicien invite pour l'occasion le pianiste israelien Idan Raichel, partenaire, l'an dernier, du Touré Raichel Collective. L'enregistrement dévoile une musique millénaire à la richesse intacte. Et un message de paix  qui rend vain tout autre commentaire.

Mon Pays - Six Degrees

Vincent Caffiaux

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05 août 2013

Funk Globo : The Sound...

ruboff236La bass music prend d'assaut les dancefloors d'Afrique et d'Amérique Latine. Il suffit d'écouter les bombardements sonores opérés par le kwaito sud africain ou le kuduro angolais pour ressentir l'onde de choc. Un souffle qui ravage le Brésil où sévit le baile funk. Apparu dans les favelas de Rio et de Sao Paulo, ce rythme, rebaptisé neo baile, dynamite le groove précité à coups de synthés hyperpuissants et de chants dévastateurs. Editée par l'excellent label Mr Bongo, la compilation Funk Globo prend l'allure d'une poudrière. Souvent éclatée entre maxis et interventions live, la production locale trouve ici son premier recueil. Composé par le pauliste Renato Martins et le londonien Sean Casey alias Bumps du club anglais Popozuda, Funk Globo enperle quinze témoignages précieux. Maga Bo diffuse ses choeurs ensorcelants sur Balanco da Canoa. Epaulé par MC Gi, Chega défragmente la samba. Alors que La Bombacion invite le MC hexagonal Tecou pour un Baile Funk d'anthologie. Loin de la bossa nova et des ideaux tropicalistes, les différentes interprètes ou DJ invités affirment un Brésil en pleine croissance. Complément dansant et ludique au registre underground couvert par la compilation Daora, Funk Globo prône la révolution sonore. Alors qu'en Europe, créateurs electro et techno piétinent des baskets, les tenants du neo baile assimilent sans poses ni complexes. Signe des temps, un groupe fondateur tel Kraftwerk est aujourd'hui repris par des figures aussi différentes que le classieux Seu Jorge ou la diva tecnobrega Gaby Amarantos. Enfin paraphrasons Lewis Robinson, le patron du label Mais um Discos, et constatons que cette musique va faire pester les puristes. C'est une bonne chose.

 Funk Globo : The sound of neo baile

Vincent Caffiaux

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20 juillet 2013

South African Vibes

south-african-vibes-artwork-DEFVaste réservoire musical, l'Afrique du Sud connait une mutation détonante au travers des musiques urbaines. Cette mosaïque de rythmes est à l'image du pays, vaste, multiculturel et aux enjeux complexes. South African Vibes, la compilation digitale sortie chez Believe traduit notamment ces bouleversements. Selectionnées par le site Mondomix, à l'occasion de la saison sud-africaine en France, les vingt trois plages du recueil synthétisent les principaux courants issus de Jo'Burg ou du Cap, depuis une soixantaine d'années. Registre symbolique, le jazz est habilement programmé via Letta Mbulu. Miriam Makeba, symbole de la lutte contre le régime raciste de l'Apartheid, est présente avec son groupe historique, Skylarks. La formation polyphonique Ladysmith Black Mambazo, compagnon de route d'un certain Paul Simon, est toujours aussi émouvante. Et le défunt Lucky Dube, reggae star dans les 80's, figure sur la selection avec une version live de...Remember me. Mais la pertinence de cette production numérique ne s'arrête pas à ces noms. Véritables electro-chocs, le kwaito et le shangaan sont judicieusement incorporés. Blue Gene et Dplanet sont autant de baromètres de la scène ambiante. Une production hybride affirmée par Skip & Die, les stars montantes et leur fusion déjantée voire par Spoek Mathambo et son Control, adaptation terrifiante du titre de Joy Division. Le rap n'est pas oublié avec le créatif Tumi, en solo ou invité par le collectif hexagonal Chinese Man aux côtés de General Electriks... Ta Bom, le titre du collectif transpire le groove et n'a rien à envier au répertoire américain. On déplorera pourtant l'absence d'interprètes ou groupes cruciaux comme Mahlathini et Stimela. Si South African Vibes reste un pass précieux pour explorer les arcanes de la musique sud-africaine, l'édition aurait toutefois méritée plusieurs volumes, tant la scène locale est dense.

 

Believe Digital

Vincent Caffiaux

04 juillet 2013

Samba Touré Albala

samba-toure-300x300 A l'automne 2012, l'enregistrement du dernier album du Malien Samba Touré s'est heurté aux divisions qui meurtrissent depuis son pays. Ce climat lourd imprègne Albala. Moins rock que la récente livraison de Bombino ce troisième disque, qu'on traduira par danger ou risque, exprime pourtant une évolution similaire. Be Ki Don, la plage d'ouverture, s'aligne droite comme un piquet rongé par le soleil du Ténéré. Le prenant Fondora laisse transparaître l'indignation. Loin des messages pastoraux de son mentor feu Ali Farka Touré, le titre dénonce la guerre et ses atrocités : " I say, leave our road/ All killers leave our road/ Thieves leave our road / Looters, leave our road/ Rapists, leave our road/ Betrayers, leave our road ". Accompagné par Zoumana Terata au soku (violon à une corde) et par la chanteuse traditionnelle Aminata Wassidje Traoré, Samba Touré use d'arrangements acoustiques subtils, notamment sur Ayé Go Mila. Cette instrumentation mesurée est la marque de l'album. Un gage d'espace que l'on retrouve sur le solennel Al Barka et son incroyable duo guitare-voix. Chanté en songhaï et en bambara, les deux grands dialectes maliens, Albala est, à l'image de cette production composite, un symbole d'unité. Esprit curieux, l'Australien Hugo Race conforte cette ouverture au travers de touches atmosphériques efficaces. Le membre des Bad Seeds creuse ici le sillon entamé à Bamako avec son projet Dirtmusic. Présent sur cet album, Samba Touré incarne une source d'inspiration évidente pour la scène rock.

Albala - Glitterbeat

Vincent Caffiaux

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25 juin 2013

Kobo Town Jumbie...

Kobo Town_Sleeve_5x5_300dpiLa bonne surprise discographique de ce début d'été provient de Trinidad. Terre des pans et du calypso l'archipel, posé à trois barils de pétrole du Venezuela, est la contrée natale de Drew Gonsalves. Après un déménagement à Toronto à treize ans, l'homme retrouve la Caraïbe avec son groupe, Kobo Town. Référence au quartier où serait né le kaiso (autre appellation du calypso), la formation sort un deuxième album impeccable de justesse. Produit par Ivan Duran, spécialiste de la culture garifuna et manager du regretté Andy Palacio, Jumbie in the Jukebox renoue avec la tradition sociale du calypso. En vogue dans les 50's, ce répertoire s'est ensuite amalgamé à la soca, pour un formatage guère probant. Héritier de monstres sacrés tel Lord Kitchener ou Mighty Sparrow, le musicien trinado-canadien renouvelle cette culture au travers d'arrangements électriques, héritage de son séjour au sein de la mégapole canadienne. Kaiso Newcast et Mr Monday créolisent sur la rythmique à coup d'allitérations ravageuses. Sous le cliché touristique se cache une réalité peu reluisante. Postcard Poverty, lien naturel avec le rub a dub jamaïquain, évoque cette dimension. Une bonne manière de rappeller le pouvoir d'assimilation du reggae, un genre marqué par le rythm and blues, le mento et le...calypso. Le beau Diego Martin est empreint de la mélancolie propre aux exilés. Alors que Joe the Paranoiac et sa guitare entêtante puisent aux racines africaines du répertoire. Particulièrement soignés, les arrangements de cuivres sont perceptibles sur War between Is and Ought. Mais le meilleur se niche en fin d'album avec Tick Tock Goes the Clock, un mini vaudeville tropical doté d'un ressort narratif grinçant... A découvrir !

Jumbie In The Jukebox - Cumbancha

Vincent Caffiaux

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14 juin 2013

Le Big Bang brésilien 3.0

Lucas+Santtana

Les manifestations organisées à Rio de Janeiro ou Sao Paulo contre les disparités sociales dénotent d'enjeux cruciaux pour le Brésil. Sur place la musique reste le baromètre. Un indice culturel affirmé par la double compilation Daora, synthèse admirable de la nouvelle scène locale ; et par le label indépendant Mais Um discos, une tête chercheuse de sens et de sons.

La chronique du dernier album de la brésilienne Karol Conka dans ces colonnes est significative de l'interaction entre musique et technologie. Disponible uniquement sur la toile, via You Tube, Batuk Freak présente non seulement un répertoire au pouvoir d'assimilation immense mais symbolise aussi un système D à toute épreuve. Avec les laptops et Internet, la génération 3.O n'est plus tributaire du circuit commercial traditionnel et acquiert une autonomie qui frise l'insolence. Originaire de Curitiba, la jeune rappeuse figure sur la compilation Daora, dernière production de l'excellent label indépendant Mais Um Discos. Mégamix de hip hop, de dub, d'electro et de MPB, ce double album est un condensé électrique de grandes métropoles  brésiliennes comme Salvador de Bahia, l'africaine ou bien encore Sao Paulo, la ville tentaculaire. Un répertoire au caractère hybride, sélectionné par Rodrigo Brandao, un personnage connu pour ses collaborations avec The Roots, au sein du label Ninja Tune ou auprès de l'incontournable Tony Allen. Selon lui, Daora est justement " Une fusion entre les sonorités urbaines nord américaines et l'héritage mélodique et rythmique brésiliens. " Créateur du label Mais Um Discos, Lewis Robinson évite l'écueil de la bossa nova, musique créée dans les salons cariocas. Rythme visionnaire, la bossa est aussi devenue l'arbre qui cache la jungle de rythmes urbains. Le producteur anglais préfère jouer la carte de l'interface avec A Curva Da Cintura, projet composé par les brésiliens Arnold Antunes, Edgard Scandurra et le malien Toumani Diabaté ou du design sonore avec les deux opus de Lucas Santtana.

Prolongement de la compilation Oi ! A Nova Musica Brasileira, Daora qui, en argot , signifie quelque chose de cool, recense trente deux interprètes ou groupes. Le boom bap tourne à plein régime. Les rythmes sont volontiers recyclés. Ils évoquent une autre vague latine et la dégelée imposée en son temps par les tenants du Miami Sound. Cet album affirme la bonne santé du rap brésilien avec Elo Da Corrente, Espiao et Doncesao. Beats défragmentés, samples pointus, les B-Boys tropicaux emboitent le pas au talentueux Criolo. Le tempo funky n'est pas oublié avec Rodrigo Campos et le groupe Bixiga 70, deux générateurs d'un groove latino-vintage mais classieux. Très populaire outre Atlantique, le reggae fait sonner sa "drum and bass line" avec Curumin, Anelis Assumpcao ou Soraia Drummond. Trois détournements sonores qui renvoient à la fonction culturelle aujourd'hui occupée par les rythmes jamaiquains dans les pays du Sud. L'épidémie d'afrobeat contamine les planchers de sa fièvre salvatrice avec Abayomy Afrobeat Orquestra. Mais les bonnes surprises proviennent de personnalités comme Metà Metà, DJ Mako ou M.B. Williams. A l'image de leurs glorieux ainés tropicalistes, ces musiciens font office de laborantins en plaquant des accords de flûte traversière sur des infra basses monstrueuses, en célébrant un psychédelisme épanoui sous les palmiers.

Figure du genre, Lucas Santtana fait bouillonner son chaudron futuriste sur la compilation Daora avec Musicos, un titre écrit par Tom Zé. Artiste iconoclaste ce dernier est réputé pour sa créativité. Il représente le pendant iconoclaste d'un Gilberto Gil. Récemment réédité chez Mr Bongo,  Grande Liquidacao résume la liberté incarnée par le sorcier de Sao Paulo. Une créativité dont hérite Luca Santtana. Ses influences sont aussi diverses que la culture hip hop, les rythmes de Bahia, état d'où il est originaire, ou Kraftwerk. Une formation inattendue mais visiblement prisée au Brésil. Il suffit d'écouter la reprise habitée de The Models par Seu Jorge pour saisir l'attrait exercé par la formation teutonne sur les jeunes brésiliens. Un alliage étonnant, témoignage de l'audace de la création locale. On est à des années lumière de la musique telle qu'elle est pratiquée sur l'hexagone, aux prises avec un bagage littéraire envahissant. Au delà de la saudade se fabrique une musique qui est tout sauf nostalgique. A l'instar de la Colombie, et de sa myriade de formations, le Brésil incarne un avenir évident pour la planète musicale.

Sem Nostalgia et O Deus Que Devasta Mas Também Cura, les deux derniers albums de Lucas Santtana disponibles sous nos latitudes, incorporent les platines et samples à la pop. Une démarche alimentée par le millefeuille musical brésilien, ses apports, savants ou folkloriques. C'est évident à l'écoute de Super Violao Mashup, syncope diabolique de samples et percussions. Ou avec I can't live far from my music. Les compositions plus formelles gardent un dépouillement salutaire. Ainsi les guitares de Who can say witchway rappellent la sècheresse minimaliste du premier album des Talking Heads, les effets dub en sus... Un album composé de nouvelles versions remixées de Sem Nostalgia complète cette édition. Cira, Regina e Nana par M. Takara et Ca Pra Nos et son Burnt Friedman remix destructurent non seulement les enregistrements originaux mais leur offrent une tessiture nouvelle. Tout aussi passionnant, le récent Oh Deus Que Devasta Mas Tambem Cura diffuse une musique à la haute teneur cinématographique. L'interprétation mi-chantée, mi-récitée de la plage titulaire est révélatrice de l'atmosphère.

Daora : Underground Sounds of Urban Brasil Hip-Hop, Beats, Afro & Dub - Mais Um Discos ( sortie le 24 juin 2013)
Lucas Santtana : Sem Nostalgia / O Deus Que Devasta Mas Também Cura - Mais Um Discos

Vincent Caffiaux