3521383423837_230Danyèl Waro est une légende vivante à La Réunion. Et un modèle pour de jeunes pousses comme Maloya Power. Enregistré il y a un an, lors d'une tournée hexagonale, son nouvel album renoue avec les racines du maloya. Ce blues de la Mascareigne, marqué au fer de l'esclavage, se distingue par sa dimension culturelle. Kabar, l'intitulé, fait ainsi référence au servis kabaré, lieu originellement investit par les asservis malgaches ou africains. Ces rites celébraient alors les grandes étapes de la vie quotidienne comme les moissons. Loin d'être en déperdition, ces cérémoniaux sont toujours organisés localement, à même les cours et les maisons. Marqué par ce particularisme, le métis à la touffe de thym revisite, de manière authentique ses grands classiques comme Lavyon, Kadok ou le vindicatif Batarsité (Cherches toi si tu veux une blanchitude / Achètes toi si tu veux une françitude / Moi j'ai pas besoin de chercher / le réservoir de mon identité déborde d'abondance / De toute ma bâtardise / De toute ma réunionnité). Extrait de l'ambitieux et distingué Aou Amwin, Velin et Alin se parent de nouveaux arrangements, dépouillés. Une ligne tranchante provoquée par l'usage d'instruments acoustiques ; les tambours malbars comme la keyamn (percu plate des esclaves composée de grains et de tiges de canne à sucre) et le rouler mais aussi les congas ou la kora. Impressionnant, ce canevas rythmique tisse des liens évidents avec les grand pôles créoles mondiaux. La Caraïbe et ses bastions cubains et haïtiens. Ou Madagascar, La grande île souvent oubliée. Il est la fibre de cet enregistrement édité chez Cobalt, l'exigeant catalogue dirigé par Philippe Conrath.

Kabar  Cobalt / L'Autre distribution

Vincent Caffiaux