afrobeat-airways-2Le label Analog poursuit son impeccable travail de réédition des répertoires africains du golfe de Guinée tel le Nigéria et le Bénin. Le dernier volume en date offre une exploration de la scène ghanéenne des années 70 et 80. Un creuset culturel conséquent, héritage de la politique de Kwame Nkrumah. A sa disparition en 1974, le leader panafricaniste laisse un pays modèle pour nombre de nations africaines émergentes. Historiquement c'est le première contrée à se libérer du joug colonial. Et la relative stabilité conquise, notamment au Sud du territoire, favorise un essor culturel évident, notamment à Accra, la capitale. L'organisation du festival Soul to Soul, affiche emblématique essentiellement composée de stars afro-américaines atteste de la vitalité locale et de la fascination exercée jusqu'aux USA. Effet miroir, les conquêtes pour les droits civiques et l'avènement de la pop, outre Atlantique, marquent nombre d'interprètes africains qui croisent le high life au rayonnement mondial de la soul. Certains observateurs prétendent d'ailleurs que le terme afro beat aurait été créé par Fela, période Koola Loobitos, alors que la future star, assistait à un concert du funkyman Geraldo Pino, en 1968.

L'intérêt du deuxième volume d'African Airways réside justement dans la période sélectionnée, soit l'ère du développement de l'afrobeat. Les formations ambiantes assimilent le high life et sa matrice, la palm wine music, aux  polyrythmies et aux cuivres funk. Présent sur cette compilation en bonne place, Ebo Taylor Jr,  fils du pape de la musique ghanéenne, décline une guitare jazz subtile avec Children Don't Cry. Le De Franck Band applique la formule de la battle, entre un clavier endiablé et les riffs funky. Les Africans Brothers développent l'afrobeat naissant au travers du puissant Wope Me A Ka. D'origine ivoirienne, Pierre Antoine et sa formation, les Vis-à-Vis, balancent un groove à tout épreuve. Sa destinée est révélatrice de la plupart des groupes ici sélectionnés. C'était avant la disparition de cet authentique fan de James Brown et de...Johnny Halliday. Tant socialement puisque ce dernier devint, ensuite imprimeur. Il décéda, dans l'anonymat, en 1993. Point d'orgue de cette compilation, l'imparable God is love par Complex Soundz impose une transe de quelques six minutes. Le son est soigneusement traité et restitue la dynamique cruciale de l'afro-funk. D'autant que l'album sort en vinyl. Enfin un livret roboratif avec témoignage de Vincent Ahehehinnou, chanteur de l'Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou, complète cette réédition. Avis aux amateurs de rythmes africains urbains.

Analog Africa

Vincent Caffiaux