VFT-MON-PAYSIl est des albums plus poignants que d'autres. Notamment lorsque la réalité d'une guerre marque le pas sur l'environnement. Le nouveau disque du malien Vieux Farka Touré en est un. Pourtant loin d'envoyer une carte postale du front, Mon Pays est surtout un retour aux sources. Différent de son disque précédent, enregistré aux USA avec la crème des bluesmen, cette nouvelle production, au son cristallin comme les dunes, offre un introspection inédite. C'est le cas de Peace, Future et Donni Donni, les trois instrumentaux ou les koras, guitares et le n'Goni s'entrelacent. C'est d'ailleurs Sidiki, le propre fils de Toumani Diabaté qui joue de la harpe mandingue. Un symbole puisque ce dernier a enregistré, il y a quelques années, avec Ali Farka Touré, le père du guitariste ici concerné, la trilogie Mandé Sessions. Originaire de Niafunké, à la croisée du Nord et du Sud Mali, Vieux Farka ne reste pas moins lucide lorsque dénonce, sur Yer Gando, le joug des fanatiques. Avec, pour celui-çi, la particularité d'être musulman et de refuser tout obscurantisme. Mieux il prône l'unité des différentes ethnies bambaras, dogons et touaregs afin de restaurer ce phare de l'Afrique subsahélienne. Evidemment les parties de guitares restent la marque de fabrique. Nouhoume Maiga et son tempo enlevé évoquent d'ailleurs une singularité qui a toujours préservé l'auteur d'une filiation réductrice. Cette spécificité est aujourd'hui fascinante pour de nombreux musiciens internationaux. Guère évident d'abord, Mon Pays dévoile ses subtilités au fil des écoutes. Ay Bakoye, la plage finale est  le sommet de l'album. Le musicien invite pour l'occasion le pianiste israelien Idan Raichel, partenaire, l'an dernier, du Touré Raichel Collective. L'enregistrement dévoile une musique millénaire à la richesse intacte. Et un message de paix  qui rend vain tout autre commentaire.

Mon Pays - Six Degrees

Vincent Caffiaux