fatoumata-diawara

 

Fatoumata Diawara est la dernière signature de l'excellent label anglais World Circuit. A cette occasion,  l'interprète évoque son parcours sur les plateaux de cinéma, passe en revue trois gemmes de son premier album "Fatou". Puis conte sa rencontre avec Damon Albarn et Fléa des Red Hot Chili Peppers.

 

Votre actualité est musicale pourtant votre début de carrière est marqué du sceau du 7e art ?

Fatoumata Diawara : " Oui j'ai débuté très jeune avant de travailler avec des réalisateurs comme Cheik Oumar Sisoko ou Dani Kouyaté auprès avec qui j'ai tourné des films comme La Genèse ou Sia Le Rêve Du Python. C'est un engagement que j'assume toujours. Cette expérience au cinéma m'a permis de cultiver ma sensibilité et de la développer par la suite  notamment au sein du collectif de théâtre de rue Royal de Luxe. "

Comment s'est effectuée votre rencontre avec la célèbre troupe ?

F.D. : " Je les ai rencontrés en 2002.  Je suis resté six ans avec Royal de Luxe. En tant que actrice et chanteuse. Six années durant lesquelles j'ai tourné dans le monde entier. En 2006 j'ai obtenu le premier rôle féminin au sein de la création L'opéra du Sahel. C'était avant que j' incarne Kirikou et Karaba, la comédie musicale adaptée du dessin animée de Michel Ancelot, en 2007. Je jouais la sorcière Karaba. Ce fût une expérience forte, au plus près de mes racines et de ma nature féminine. "

Cultiviez-vous déjà des rapports forts avec la musique ?

F.D. : " Bien sur. En fait c'est Cheick Tidiane Seck qui m'a repéré et m'a proposé de participer au projet Red Earth, l'album que la chanteuse Dee Dee Bridgwater enregistrait alors en Afrique. J'ai ensuite participé à une autre aventure avec Herbie Hancock et son Imagine Project. C'est durant ces sessions que j'ai rencontré Nick Gold, le patron du label World Circuit. J'en ai profité pour lui donner une maquette de mon premier album. "

Quelle fut sa réaction ?

F.D. : " Positive ! En fait l'album était composé d'arrangements acoustiques. Un son qu'il a décidé de garder pour la version finale du disque. Bien sûr il y a quelques titres avec des accords électriques mais l'essence même de Fatou a été préservée. "

 

Un titre comme Bissa reflète finalement la tonalité de l'album. Si les accords sont doux, le thème abordé lui est grave...

F.D. : " C'est une chanson qui parle de mariage forcé. Une tradition encore vivace en Afrique. Je la dénonce comme je dénonce les liens matériels qui conditionnent les relations. Je parle de condition féminine, du statut des femmes mais aussi du rapport  face au partenaire. On rejette un homme parce qu'il est imposé mais aussi parce qu'il n'a pas d'argent. Si j'approuve la première réaction, je désapprouve la seconde. "

Idem pour Boloko qui aborde le thème de l'excision...

F.D. : " Oui c'est un fait sensible. Je fait prendre conscience des méfaits de l'excision en instaurant un dialogue mère-fille. L'enfant convainc sa mère de ne pas subir les affres de cette tradition. "

Kèlè est elle une chanson antimilitariste ?

F.D. : " Ce titre dénonce avant tout les guerres. Je donne naturellement mon point de vue féminin. Je dit simplement stop aux divisions, entre  les hommes, celles qui déchirent les familles. Je revendique ici une attitude plus qu'une idéologie. C'est un point de vue universel sur les dégâts occasionnés par les guerres dans le monde. "

Vous avez joué récemment à Marseille aux côté de Damon Albarn. Comment s'est déroulé ce concert ?

F.D. : " C'était un beau rendez-vous organisé à l'occasion du festival La Fiesta des Sud. Damon avait invité d'autres musiciens comme Fléa le basiste des Red Hot Chili Peppers et Tony Allen, le batteur  historique de Fela. Une belle soirée placée sous la bannière du label londonien Honest Jon's. J'aime les rencontres. Et de celle ci j'en tire une certaine fierté. Les artistes étaient tous d'horizons différents. Et l'alchimie a fonctionné. "

Propos recueillis par Vincent Caffiaux